La FED : Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change

November 7, 2017

Trump opte pour la continuité. Le 2 novembre, le quarante-cinquième président des USA a nominé Jérome H Powell, ancien avocat d'affaires et banquier d'investissement, à la tête de la Banque Centrale la plus influente du monde.

 

Il remplacera Jannet Yellen, première présidente de la Federal Reserve à ne pas voir son mandat renouvelé depuis plus de 40 ans. Jérôme Powell incarnerait, dans le détricotage de l'administration Obama, le compromis parfait entre les inspirations dérégulatrices de Trump et la poursuite d'une politique accommodante envers les marchés financiers. 

 

De prime abord, Powell se pose comme le digne successeur de Jannet Yellen. Gouverneur de la FED depuis mai 2012, il s'est toujours posé en défenseur de la politique de hausse graduelle des taux d'intérêt directeurs, impulsée par Yellen.

 

Sur le plan régulateur, Powell se distingue de Yellen. Sa nomination fait écho aux appels d'une frange libérale de l'électorat républicain américain, plus orientée sur le « laisser faire » du marché. Powell s'est opposé à la Loi Volcker, interdisant aux banques commerciales de trader pour leur compte  propre sur les dépôts de ses clients et d'investir dans des hedge funds ou fonds de contre-investissement.

 

Powell tient sa nomination de sa position centrale dans le consensus monétaire actuel. Entre la colombe et le faucon, l'oiseau s'est frayé un chemin. D'un côté, la politique de Trump promeut une relance inflationniste dans un pays ayant atteint le plein-emploi. Powell lui apportera la garantie d'une remontée progressive des taux, n'asphyxiant pas la hausse des prix à la consommation étasunienne, tout en restreignant une envolée de ces derniers. De l'autre, le choix de Powell rassure les marchés financiers : une hausse des taux rapide aurait effondré le cours des actions.

 

Mais le principal défi de Powell ne se résume pas à la politique de taux de la Federal  Reserve. Face à la prolongation du quantitative-easing européen, Powell devra maintenir un cours du dollar favorable à l'économie américaine. Le protectionnisme américain, raréfiant le dollar à l'échelle mondiale, l'appréciera sur le marché des changes, impactant négativement les exportations étasuniennes, mais également les opérations libellées en dollars, comme les achats de matières premières, notamment le pétrole pour le reste du monde.

 

Powell se devra également d'afficher un cap face à la politique monétaire chinoise. La sous-évaluation chronique du Yuan, dopant artificiellement l'économie du pays, met en relief l'impuissance du gouvernement de Xi Jinping à passer d'une économie extravertie à un modèle tourné vers la croissance intérieure. 

 

Ainsi, le mandat fédéral de Powell devrait encore permettre au dollar de maintenir son leadership monétaire, dans un système monétaire international morcelé entre le change fixe et flexible, entre des stratégies de monnaies faibles et fortes.

 

Le nouveau président de la FED devra également composer avec la BCE. Une remontée des taux américains trop brutale annihilerait l'effort inflationniste entrepris par Draghi, tuant la reprise des pays d'Europe Occidentale et provoquant des tensions sur les marchés obligataires.

 

La FED fera de même face à la problématique japonaise : une économie névrosée depuis plus de 20 ans, maintenue artificiellement par les « Abenomics », du Premier Ministre japonais éponyme, politiques économiques visant à lutter contre une déflation chronique en abondant l'économie de liquidités. 

 

Dans un monde abondant en liquidités, Powell sera également confronté à la faiblesse du Real brésilien et du Rouble russe. Il devra composer avec les aspirations émancipatrices des pays étalonnant leurs paiements en Francs CFA, monnaie gérée collégialement avec les autorités monétaires françaises. 

 

De ce fait, la marge de manœuvre de Powell se verra limitée par les tensions inflationnistes émergentes dans le reste du monde sur le plan extérieur et par un bilan comptable démesuré sur le plan intérieur, près de 10 ans après la mise en place du quantitative easing américain post-subprimes.

 

En somme, le mandat de Powell se résumera à l'alternative suivante : protéger une économie américaine protectionniste ou poser les bases de la prochaine crise monétaire à l'échelle mondiale. 

 

Selon Cioran, il faudrait changer de chemise comme de désespoir, pour s'adapter à la vie.

 

Pour Powell, il faudra réviser ses positions à mesure que les crises monétaires s'accumuleront à l'échelle planétaire.

 

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